L'amour et l'argent dans Eugénie Grandet

 

Professeur: Sanae Zhani
Auteurs: Yassine Fakri, Chahm Khyati, Hicham Belyamoun
Ecole - classe:  Lycée Youssef Ben Tachfine - 2e sciences-math OLF
 

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Introduction

Balzac dit dans son roman :
« …L'époque actuelle est une époque ou plus qu'en aucun autre temps l'argent domine les lois, la politique et les mœurs. Institutions, livres, hommes et doctrines, tout conspire à miner la croyance d'une vie future sur laquelle l'édifice social est appuyé depuis 1800 ans. Maintenant le cercueil est une transition peu redoutée. L'avenir qui nous attend par delà le requiem a été transposé dans le présent. Arriver au paradis terrestre du luxe et des jouissances, pétrifier son cœur et se macérer le corps en vue de possessions passagères est la pensée générale! Pensée écrite partout, jusque dans les lois, qui demande au législateur «que paies-tu?» au lieu de «que penses-tu?».
Quand cette doctrine passera de la bourgeoisie au peuple, que deviendra le pays ? Balzac nous dresse ici une image d'une société qu'il décrit tout en regrettant son sort contrôlé par l'argent.

L'argent

La vision que porte chaque personnage du roman à l'argent a de quoi susciter l'intérêt du lecteur. L'intérêt des protagonistes pour l'or va de l'amour (voir l'adoration) jusqu'à la totale insouciance.

Pour Monsieur Grandet

Il n'a jamais eu au coeur qu'une passion : l'argent. Cette passion a fait table rase en lui de tout autre sentiment. Il est inaccessible à l'amour et a fait sur le tard un mariage d'intérêt. Il a épousé la fille d'un homme dont le travail se veut complémentaire au sien. Dépourvu d'ambition, il utilise les fonctions publiques pour faire prospérer ses propres affaires. Il n'aime sa fille que parce qu'elle est son héritière. Il prendra beaucoup de plaisir à l'instruire, quand il deviendra vieux, à gérer son argent. Au moindre conflit, il la brime sans pitié, puis fera la paix avec elle lorsqu'elle aura compris son intérêt.
L'amour de l'argent lui a permis d'acquérir la prudence, la diplomatie, l'opportunisme et l'intelligence. A mesure qu'il vieillit, sa passion prend une forme plus tyrannique et plus desséchante. Ceci s'explique par ses rares élans de bonté lorsqu'il était encore jeune (notamment à l'égard d'Eugénie et de Nanon). Lorsque baissent ses forces physiques, il perd son dynamisme et se réfugie dans la sécurité de la rente. Il lime l'or avec un amour démesuré et exclusif. Il est devenu un maniaque.
« ... Lorsque le curé vint l'administrer, ses yeux, morts en apparence depuis quelques heures se ranimèrent à la vue de la croix, des chandeliers, du bénitier d'argent qu'il regarda fixement, et sa loupe remuera pour la dernière fois. Lorsque le prêtre lui approcha des lèvres le crucifix en vermeil pour lui faire baiser le Christ, il fit un épouvantable geste pour le saisir et ce dernier effort lui coûta la vie... »

Pour les Grassanites et les Cruchotiens

L'argent est leur raison d'être, mais ce n'est pas aussi intense que chez Monsieur Grandet. Ils n'hésitent pas à en dépenser pour obtenir certaines faveurs. Ils se sacrifient même au service de l'ignoble avare. Quand ils cherchent à marier leur fils à Eugénie, c'est surtout parce qu'ils sont sûrs qu'elle sera l'héritière d'une énorme fortune. Les Cruchotiens la troqueront même après la mort de son père, Mais arriveront finalement à réaliser leurs sombres desseins.

Pour les autres protagonistes

Charles est comme Eugénie, tout du moins au début. Pour lui, l'argent n'est pas aussi important que le bonheur ou l'amour. Mais ils auront tous deux changé en peu de temps: Charles est durci par la rude vie qu'il mène aux Indes, et Eugénie par l’abandon de ses parents et de son bien aimé. Charles laisse entrevoir sa vraie nature lorsqu'il décide de faire un mariage d'intérêt avec Melle d'Aubrion. Quant à Eugénie, elle semble au début vouloir suivre les traces de son défunt père (elle ne change pas de rythme de vie), mais cette impression se dissipe et on reconnaît bientôt qu'elle n'a pas changé sa vision pour l'argent (elle n'hésite pas à rembourser les énormes dettes de son cousin, et faire bon nombre d'actes de bienfaisance).
Nanon est le Premier ministre de M Grandet, cependant, elle n'a jamais été avare. Elle a seulement dû être très dévouée pour son maître, et elle a essayé de tout économiser pour lui témoigner sa gratitude. Pour preuve, elle n'hésite pas à donner l'argent des chandelles à Eugénie.

L’amour

L'amour est essentiellement incarné par Eugénie. La force de l'amour qu'elle a pour son cousin symbolise l'importance de ce sentiment dans le roman. Cependant, ce thème n'est pas aussi apparent que l'argent car rares sont les protagonistes qui croient en la force de ce sentiment et éphémères sont les passions qu'elles ont.

Eugénie et Charles

Eugénie est une jeune fille timide, naïve ignorante de la vie et de ses tourments. C'est l'épanouissement de son coeur qui affermit son caractère ; sa personnalité ne cesse de s'enrichir et d'évoluer. Avant l'arrivée de Charles, elle était une simple jeune provinciale consacrant toutes ses journées aux travaux ménagers. L'arrivée inopinée de son cousin provoque sa curiosité, son étonnement, son admiration. Elle essaye de s'embellir, se dévoue pour ce jeune dandy quitte à encourir la colère de l'avare. Sa naïveté l'empêche de comprendre qu'elle ressent de l'amour pour son cousin. Elle n'en a conscience que lorsque Grandet affirme qu'elle n'épousera jamais son cousin. Elle s'abandonne à la passion, ses sentiments s'épanouissent. En même temps sa personnalité s'affermit, elle juge son père, elle se voit acquérir un sens atavique des affaires (calcul de l'argent nécessaire à Charles). Son amour s'accroît encore après le départ de Charles.
Quant à Charles, l'épreuve soudaine du malheur qui l'arrache à sa vie dissipée et futile de jeune dandy, l'amour d'Eugénie, dont la noblesse d'âme crée en lui une émulation salutaire, le montrent un moment capable de beaux sentiments. Sa conduite à l'égard d'Eugénie montre son arrivisme, son cynisme et sa sécheresse de coeur. Sa trahison et la désillusion qui s'ensuit, transfigurent cette âme d'élite (Eugénie). Même après cela, Eugénie semble encore aimer Charles car elle assure le bonheur de cet ingrat en sacrifiant une partie de son argent.

Mme Grandet

L'humanité est faite d'une part, de ces arrivistes qui ont choisi d'engager et de gagner sans vaine pitié et sans scrupules sur les moyens la bataille de la vie ; d'autre part, de ces opprimés et de ces vaincus que chaque défaite élève au-dessus d'eux-mêmes, vers une sérénité supérieure et le complet oubli de soi. Mme Grandet fait partie de la deuxième catégorie, elle a renoncé à l'amour en épousant M Grandet, elle ne vit plus que pour sa fille, qu'elle aime tendrement, qu'elle essaye de défendre à chaque instant. Elle est compréhensive devant les confidences d'Eugénie, elle contribue à entretenir la flamme. Peut être veut-elle seulement que sa fille jouisse du bonheur que procure l'amour et qu'elle essaye de rendre sa vie moins triste que la sienne.

La relation entre l'amour et l'argent

Tout au long du roman, amour et argent s'affrontent, un affrontement qui prend son ampleur au sein d'une société divisée et tiraillée entre les profits sociaux et les nobles sentiments. Ainsi, on peut retrouver dans le roman deux camps, qui se confrontent constamment. Le conflit Eugénie / Grandet en est le symbole.

  • La jeune fille, éveillée par ses sentiments se rebelle contre son père, figure emblématique du tyran qui voue un culte à l'argent, celui-ci, après l'avoir punie très sévèrement finira par lui pardonner, d'une part parce que c'est dans son intérêt et d'autre part parce qu'il aime sa fifille.
    «…Il se cachait derrière le tronc de l'arbre, restait pendant quelques instants à contempler les longs cheveux de sa fille et flottait entre la ténacité de son caractère et le désir d'embrasser son enfant.» (p. 178).
  • Les autres personnages eux aussi évoluent autour de la relation amour / argent, ainsi Charles, qui pour un moment apparaît capable de bons sentiments, divulgue sa vraie nature sous la pression de la rude bataille pour la vie qu'il doit engager: Il laisse tomber Eugénie pour ses biens personnels en épousant une fille qui servira ses ambitions sociales.

 On peut donc dire que l'argent a triomphé de l'amour en convertissant Charles et détruisant Eugénie.

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